Petite abeille s’en va butiner, mais reviendra-t-elle sans danger ?

Action menée par Pollinis pour sensibiliser le grand public. © POLLINIS

Nos bien connues amies insectes noirs et jaunes les abeilles ont toujours parfaitement vécu parmi nous. Cependant, depuis quelques années, ces dernières sont de moins en moins nombreuses. Leur disparition progressive, due à plusieurs facteurs tels que les pesticides nocifs ou encore le changement climatique, est un danger primaire à notre survie et à celle de l’ensemble de la biodiversité. Comment cela se fait-il ? Comment remédier à cela ? Pollinis, ONG indépendante, se démène pour préserver ces insectes et sensibiliser le grand public à leur cause et leur défense.

Que l’on soit enfant ou adulte, nous connaissons tous cet insecte qui apparaît sur les fleurs de nos jardins lorsque le soleil revient. Il s’agit bien entendu de l’abeille. Que l’on en soit phobique, ou que sa présence ne nous procure rien, nos petites amies volantes nous sont bien utiles, à nous les hommes en nous produisant du délicieux miel, mais également à la Terre et à la biodiversité, car ce sont elles qui permettent la reproduction des plantes et donc la production de nourriture. Mais malheureusement, ces pollinisateurs ne vivent actuellement pas la meilleure des vies. En effet, les abeilles sont actuellement classées comme espèces en voie de disparition, d’extinction. Cette disparition progressive des abeilles n’affecte pas que leur espèce, mais bien l’ensemble de la biodiversité ainsi que nous, les humains. Mais pourquoi cela nous affecte-t-il nous aussi ? Tout simplement, car les abeilles sont essentielles à la pollinisation, et donc à la reproduction des espèces végétales et à la production alimentaire mondiale. Si les abeilles venaient à disparaître, cela serait un désastre écologique, mais également économique, car si la production alimentaire s’effondre, les prix, eux, augmenteront et cela aggravera la crise alimentaire mondiale.

Quelles sont les causes de cette extinction ?

Il y a beaucoup de facteurs qui font que l’abeille soit en train de disparaître, mais un acteur revient toujours à la source de tous ces problèmes : l’homme. En effet, l’homme et la société capitaliste dans laquelle il vit actuellement sont les principaux responsables de tous les motifs correspondants au dépeuplement en cours des abeilles. Le réchauffement climatique causé par les nombreux gaz à effet de serre relâchés par l’homme influence les températures, les rendant de plus en plus élevées, perturbe et dérègle les saisons de floraison, engendre des sécheresses, et d’autres. Contraint de devoir toujours produire plus pour satisfaire le plus grand nombre, l’homme s’est également mis à la monoculture (culture d’une seule espèce de plantes sur la même parcelle pendant plusieurs années) ce qui a fait disparaître de nombreux habitats naturels des abeilles, mais qui a également engendré une fragilisation des sols ainsi qu’une propagation de maladies et de ravageurs nocifs aux abeilles plus facile. Mais la cause principale du déclin des pollinisateurs est bel et bien l’utilisation excessive de pesticides. Produits toxiques pour protéger les plantes d’insectes nuisibles, ces derniers extrêmement dangereux pour les abeilles et les pollinisateurs en général car, en plus de se propager aux alentours de l’endroit où ils sont aspergés, ils peuvent rester présents dans l’environnement pendant plusieurs années. L’un des plus dangereux sont les néonicotinoïdes, bien qu’interdits en Europe depuis 2018, certains de ses dérivés continuent à être utilisés, ce qui conclut souvent à des fins néfastes pour les abeilles.

Une ONG indépendante pour mener le combat

Forte de sa popularité et des connaissances de certains sur le calvaire qu’elles vivent, les abeilles ne sont seules face à leur destin. En effet, une ONG se bat depuis plus de 10 ans pour faire entendre au monde la cause des pollinisateurs. Pollinis se bat pour la protection des abeilles, des paysages et pour une agriculture respective des pollinisateurs. Clément Hélary, rédacteur chez Pollinis, nous explique que les gens ne sont pas insensibles au sort de l’abeille : « C’est un animal que les gens aiment bien, qui cristallise quelque chose. On a une sorte d’attachement à l’abeille, car c’est un animal qu’on a tous vu dans notre vie et dont on a vu, pour beaucoup, les populations réduire et cela crée quelque chose de concret pour les gens ». Ayant déjà entrepris de nombreuses actions depuis sa création, l’association est bien connue de la scène des pollinisateurs grâce à ses recherches et aides scientifiques pour les pollinisateurs, ses nombreux sympathisants à leurs côtés pour défendre la même cause qu’eux, ou encore leurs nombreux combats en justice contre l’État pour changer les choses : « Dès qu’on repère une faille, on essaie de rentrer dedans pour obtenir des changements de structures plus large, on mène beaucoup de recours au niveau français ou européen pour faire changer les choses. C’est une nécessité d’agir urgemment et si on ne parle pas, cela va vite devenir problématique« .

Suffisant pour sauver tous les essaims ?

Bien qu’ayant déjà remporté de nombreuses victoires importantes au cours des dernières années, la question est tout de même permise : est-ce que les solutions et projets entrepris par Pollinis sont suffisants pour maintenir la survie des pollinisateurs ?
Du côté financier, Pollinis est entièrement financé par des dons de citoyens, ce qui est pour Clément une chance : « On a de la chance, car nous ne sommes pas dépendants d’une subvention publique ou d’une entreprise privée qui pourrait restreindre notre liberté d’expression« . Malgré une communauté soudée, les adversaires auxquels Pollinis fait face sont davantage puissants qu’eux : « On a des moyens limités par rapport à nos adversaires, les acteurs biochimiques sont de structures qui génèrent beaucoup de profit dans ce monde agricole. On est tout petit par rapport à eux« .
Du côté politique, Pollinis fait face à de grandes institutions déjà bien installées, à des politiques décidés à ne pas aller dans leur sens, ou encore à des lobbys de l’agro-industrie et des pressions émanant d’elles. Un gros combat qui mène souvent à des manques de transparence, à des combats parfois inégaux, ce qui rend parfois les actions impraticables, mais Pollinis ne baisse pas les bras : « Le système est dur à changer, mais on ne perd pas espoir, on continue à tout essayer grâce aux gens qui nous soutiennent« .

Un gros combat qui semblait perdu d’avance mais qui ne l’est pas, peut-être que les abeilles ont encore de quoi garder le sourire.

Par Arthur Dujardin